« Un de ses amis est convaincu que Jean-Marie Messier ne s’arrêtera pas à la finance : il l’imagine justement levant ses stock-options pour se lancer en politique et devenir le Kennedy français . »
“Jean-Marie Messier : Veni, vidi, Vivendi”, le Figaro, le 23 septembre 2000.
« A le regarder à ce moment précis s’exprimer dans un anglais parfait, mais teinté d’un accent plus normand qu’oxfordien, ce qui frappe d’emblée, c’est son calme, même si son oeil trahit une joie qu’il contient comme pour mieux affronter les épreuves qui l’attendent : interviews, concert et réunions de travail jusque tard dans la nuit . »
Trends, le 26 janvier 2006
“J2M remonte donc la pente. C’est dans sa nature. Il n’est déjà plus indésirable dans les dîners parisiens. Il se serait même rabiboché avec Claude Bébéar, le «parrain du capitalisme français», qui avait fomenté avec quelques autres son débarquement de VU. Pour autant, le rescapé n’est pas blanchi. Messier a été mis en examen pour défaut d’informations financières, abus de biens sociaux relatif à son indemnité de départ (A 20 millions) et manipulation de cours. Il a été frappé d’amendes de A 500.000 et A 1 million par le gendarme de la Bourse, respectivement en France et aux Etats-Unis, et est l’objet de plaintes en nom collectif outre-Atlantique. Certes, son avocat récuse toujours certaines accusations. On ne peut parler d’abus de biens sociaux, puisque Messier a finalement renoncé à son indemnité de départ, arguait-il voici peu dans la presse. L’autorité française des marchés financiers (AMF) n’en a pas moins transmis à la justice un rapport détonant sur les deux dernières années de gestion de VU.”
“Trop ambitieuse, presque mégalomane, cette stratégie a rapidement échoué. «Ces synergies étaient possibles sans l’intégration, donc sans l’enchaînement des coûteuses acquisitions voulues par Jean-Marie Messier, résumait en 2002 le journaliste Pierre Briançon dans son livre Messier Story (2). Pourquoi, par exemple, contraindre les studios Universal à faire composer les bandes originales des films (marché lucratif) par Universal Music, si les disques Sony ou Warner présentaient une offre plus avantageuse ? Autrement dit, dans cette machine à synergies que Messier voulait voir tourner à plein régime, les collaborations fructueuses se seraient produites de toute façon sans la fusion. Quant aux synergies décrétées par la direction uniquement pour justifier l’existence de VU, le plus souvent, elles n’ont pas fonctionné.»
Dans son livre-confession Mon vrai journal (3), paru quelques mois après son éviction, Jean-Marie Messier reconnaissait avoir commis six erreurs principales. C’est beaucoup lorsqu’on occupe de telles fonctions… Parmi elles, le fait de ne pas avoir cédé suffisamment tôt la branche environnement de l’ex-Générale des Eaux, mis sur le compte d’un conseil d’administration trop conservateur. Dans son ouvrage, Messier concède avoir montré un empressement excessif à mener des acquisitions. Il admet également avoir fait l’objet d’une surexposition médiatique
Est-on sûr qu’un scandale Vivendi Universal ne pourrait pas se reproduire en Europe ? Cinq ans plus tard, structures et comportements ont-ils à ce point changé ? Reconverti dans la banque d’affaires, Messier semble en douter, jouant au braconnier devenu garde-chasse. Ce sont souvent les meilleurs, dit-on…
J2M: « On m’a pris pour un fou quand, il y a cinq ans, je parlais de convergence entre les médias et les télécoms, entre le contenu et le contenant. Aujourd’hui, cette convergence est là, cela ne se discute même plus. » La question est d’en appréhender les conséquences, tant pour les consommateurs que pour les entreprises du secteur. Nous n’en sommes qu’au début ! On ne voit que la partie émergée de l’iceberg. Les plus grands bouleversements dans les habitudes des consommateurs et des stratégies industrielles sont encore à venir.”
J2M: « Mon erreur n’est peut-être pas d’en avoir trop fait, mais de ne pas en avoir fait assez ! Nous aurions dû nous séparer beaucoup plus tôt de notre pôle environnement ( Ndlr, l’ex-Générale des Eaux ). Si nous l’avions fait, le débat sur le bilan de VU n’aurait jamais eu lieu, et nous aurions pu changer ce groupe en acteur majeur dans le contexte actuel des médias, celui de convergence. Aujourd’hui, Vivendi Universal n’a plus les actifs pour dominer cette course. Mais bon : VU ne fait plus partie de ma vie depuis juillet 2002… »
« La mentalité[1] de la deuxième chance existe dans ce pays, je l’ai vécue. »
« Après plus de deux ans d’investigations judiciaires, les décisions de justice intervenues à ce jour ont reconnu que les comptes de VU étaient sincères et justes. Et que ses dirigeants étaient honnêtes. Au moins, ça, c’est un acquis. »
, j’ai découvert les vertus de la patience, qui ne constituaient pas jusqu’à présent le trait dominant de mon caractère » , confie-t-il.
« l’homme à la réputation de dealmaker hors pair »
« S’il est revenu à ses anciennes amours - la banque d’affaires -, c’est, selon ses dires, par choix et non par défaut. Il affirme avoir décliné trois propositions de présidence, dont deux dans les médias. Mais aucune en France. »
Son retour aux affaires a été pour le moins pénible. « Il fallait le voir, esseulé au milieu des VIP qui détournaient leurs regards à la sortie de l’enterrement de Jean-Luc Lagardère, en mars 2003 » , raconte un grand patron français. Rares sont encore aujourd’hui les PDG qui, comme Gérard Philippot, osent résister aux pressions d’un establishment qui le traite toujours en pestiféré : « Je l’ai rencontré il y a moins d’un an et je suis très content de l’avoir choisi comme conseil , raconte le patron d’Unilog. Messier est un remarquable professionnel et lui - à la différence de nombre de ses concurrents - s’occupe vraiment de ses clients. »
Limité dans sa liberté de mouvement par la justice française, privé pour dix ans de tout siège d’administrateur par la SEC, l’autorité boursière américaine, et snobé par les ténors du business français, Jean-Marie Messier, qui cherchait un associé, ne présentait pas, fin 2003, le CV du partenaire idéal en affaires. Sauf pour la téméraire banquière Fatine Layt, qui n’a pas hésité à plonger. « Je l’ai rencontré par une connaissance commune. Depuis, nous travaillons en duo et cela fonctionne à merveille » , raconte Fatine Layt, l’autre partenaire de… Messier Partners. Si le vent lui est plus favorable aujourd’hui, il n’oublie pas les vaches maigres des débuts. « Heureusement, certains se sont souvenus qu’il leur avait fait gagner beaucoup d’argent » , souligne Philippe Villin, concurrent direct de Messier Partners.
Il avait expliqué en juin 2004 aux juges qu’il ne pouvait pas payer sa caution de 1,3 million d’euros. S’il est toujours en quasi-faillite personnelle, il mène néanmoins grand train dans l’une des villes les plus chères du monde. Il loue un appartement dans le très chic quartier de l’Upper East Side, à quelques blocs de la maison (loyer mensuel au minimum de 10 000 dollars) occupée par Antoinette et trois de ses cinq enfants. Et son patrimoine parisien profite de la flambée de l’immobilier. Même s’il n’est pas encore sorti de la nasse judiciaire, il a su profiter de ces trois années pour redresser la barre sur le plan professionnel. Une vraie question demeure : Jean-Marie Messier a-t-il vraiment changé comme il l’affirme ? La séduction est intacte. La sincérité toujours calée sur les sujétions de l’instant.
[1] Jean-Marie Messier, président de Messier Partners, Challenge, le 20 octobre 2005.
« Je n’ai jamais été un enfant de chœur, et je ne me fais pas d’illusion sur la nature humaine, mais, avant cette affaire, jamais je n’aurais pensé que certains soient capables d’aller si loin pour assouvir leurs ambitions. » (…) J’ai vite compris qu’il était près à tout pour me barrer la route. »
« Il m’est arrivé d’avoir peur pour moi, mais surtout pour ma famille, au point de me demander si cela en valait vraiment la peine. »
« Quelques temps après l’article du monde, j’ai découvert qu’à l’origine de cette affaire, il y avait une personne très proche du comploteur habituel. J’ai eu aussi la preuve qu’il commanditait l’espionnage systématique dont j’étais la victime. La manœuvre était claire : on montait un dossier, on le balançait à la presse et, de toute façon, il resterait assez de soupçons pour que les administrateurs de la Générale des eaux hésitent à me nommer président. J’avais tenu Guy Dejouany régulièrement informé de la situation. Au début il me trouvait un peu paranoïaque. Mais le jour où il a eu suffisamment de preuves de la déloyauté de ce collaborateur perverti, il lui a signifié lui-même son renvoi. La scène s’est déroulée en février 1996 dans la salle du conseil d’administration. Elle a duré moins de cinq minutes et j’étais présent. »
« La loi sur la transparence, vôtée en 2000 : les dix principaux dirigeants doivent informer les dirigeants à partir de 2001, du montant de leurs rémunérations, stock options comprises. Mais peut-être reviendront-ils sur cette disposition. »
La corporate governance.
Cette exigence procède « d’un voyeurisme malsain »
« Un moment il avait même été envisagé de rendre obligatoire la publication des dix premiers salaires de toutes les entreprises de France, y compris celles qui ne sont pas cotées ! L’artisan du coin soumis à la même règle qu’une multinationale ! Joli spectacle : Big Brother dans les tiroirs caisse ! »
Pourquoi l’étiquette de « dirigeant » vaudrait-elle à ceux-ci un traitement auquel aucun autre citoyen n’est soumis ? Pourquoi ne pas l’imposer aussi aux sportifs, aux acteurs, ou aux vedettes de la télévision, qui, bien, souvent, gagnent des sommes encore plus importantes. »
« Lors d’un déjeuner à Matignon, en avril dernier, alors que la loi était en discussion, j’ai tenté, avec ces arguments, de convaincre le Premier ministre de limiter cette obligation de transparence aux mandataires sociaux, c’est-à-dire à ceux dont les conditions de rémunération sont fixés par les conseils d’administration et qui, en toute logique, ont des comptes à rende aux actionnaires. « Puisqu’il vous faut des boucs émissaires, nous acceptons le rôle, ai-je dit à Lionel Jospin, mais au moins épargnez nos collaborateurs. » La remarque a eu l’air d’amuser le premier ministre qui m’a répondu : « Monsieur le Président, ce sens du sacrifice sera porté à votre crédit. » Mais elle ne l’a apparemment pas fait changer d’avis. »
« Connaissant bien Chris, sa fougue, sa volonté de conquête, je savais très bien ce que signifiait cette phrase : il ne tarderait pas à prendre sa revanche. Mais cette affaire n’était pas seulement une question d’ego. C’était surtout une question de survie : si Chris Gent ne ripostait pas, il avouait sa faiblesse, il reconnaissait qu’il n’était qu’un collectionneur de participations minoritaires. Une situation inacceptable parce qu’elle condamnait à terme son entreprise à n’être qu’un joueur de seconde zone. »
« On ne nous demande pas d’être bons. Nous devons être meilleurs que nos concurrents. »
J6M
« Il lui manquait parfois de réfléchir avant d’agir. »
« Il me semblait que la vérité me portant, je n’avais rien à craindre pourvu que je m’y tienne. »
« Avec l’aplomb qui le caractérise, Bernard Tapie, plus tard, suggéra publiquement que Christophe Robert destinait cette somme à l’achat d’un restaurant. De la même manière, je m’étonnais de ce qu’il suffise d’enterrer de l’argent pour faire pousser cette sorte d’établissement. »
« Sur le plateau, installés avec l’animatrice autour de la table, nous attendions que commence l’émission. Près de nous se tenaient quelques personnes, dont Etienne Mougeotte, l’un des principaux responsables de TF1.
Bernard Tapie se tourna vers Ruth Elkrief.
-Vous savez que vos patrons ne vous aiment pas.
La ficelle était grosse. Il tentait de la déstabiliser avant de passer à l’écran. Elle blêmit pourtant si fort que je jugeai devoir intervenir.
-Ne l’écoutez pas. Et puis, qu’est-ce que cela peut peut faire…
Il insista : Si, si, je vous assure, ils ne vous aiment vraiment pas du tout…
Plus que tout ce que j’avais pu entendre ou voir de Bernard Tapie, ce comportement me parut significatif de sa personnalité à laquelle ne m’attache qu’un intérêt de nature anthropologique. Venu dans ce studio de télévision dans un état d’esprit favorable, j’en repartis doutant de l’efficacité de la condamnation qui avait été prononcée contre lui dans l’affaire VA-OM.
« (…)comme bien souvent je me pris à regretter que la justice ne rende pas honnête, seulement intelligent, et encore… »
E. de M.
« Il broda sur ce thème de la fragilité des joueurs professionnels. Me donnant également à comprendre qu’elle trouvait également sa place sur le terrain. Je le trouvais humiliant à leur égard.»
E de M.