Trends, le 26 janvier 2006
“J2M remonte donc la pente. C’est dans sa nature. Il n’est déjà plus indésirable dans les dîners parisiens. Il se serait même rabiboché avec Claude Bébéar, le «parrain du capitalisme français», qui avait fomenté avec quelques autres son débarquement de VU. Pour autant, le rescapé n’est pas blanchi. Messier a été mis en examen pour défaut d’informations financières, abus de biens sociaux relatif à son indemnité de départ (A 20 millions) et manipulation de cours. Il a été frappé d’amendes de A 500.000 et A 1 million par le gendarme de la Bourse, respectivement en France et aux Etats-Unis, et est l’objet de plaintes en nom collectif outre-Atlantique. Certes, son avocat récuse toujours certaines accusations. On ne peut parler d’abus de biens sociaux, puisque Messier a finalement renoncé à son indemnité de départ, arguait-il voici peu dans la presse. L’autorité française des marchés financiers (AMF) n’en a pas moins transmis à la justice un rapport détonant sur les deux dernières années de gestion de VU.”
“Trop ambitieuse, presque mégalomane, cette stratégie a rapidement échoué. «Ces synergies étaient possibles sans l’intégration, donc sans l’enchaînement des coûteuses acquisitions voulues par Jean-Marie Messier, résumait en 2002 le journaliste Pierre Briançon dans son livre Messier Story (2). Pourquoi, par exemple, contraindre les studios Universal à faire composer les bandes originales des films (marché lucratif) par Universal Music, si les disques Sony ou Warner présentaient une offre plus avantageuse ? Autrement dit, dans cette machine à synergies que Messier voulait voir tourner à plein régime, les collaborations fructueuses se seraient produites de toute façon sans la fusion. Quant aux synergies décrétées par la direction uniquement pour justifier l’existence de VU, le plus souvent, elles n’ont pas fonctionné.»
Dans son livre-confession Mon vrai journal (3), paru quelques mois après son éviction, Jean-Marie Messier reconnaissait avoir commis six erreurs principales. C’est beaucoup lorsqu’on occupe de telles fonctions… Parmi elles, le fait de ne pas avoir cédé suffisamment tôt la branche environnement de l’ex-Générale des Eaux, mis sur le compte d’un conseil d’administration trop conservateur. Dans son ouvrage, Messier concède avoir montré un empressement excessif à mener des acquisitions. Il admet également avoir fait l’objet d’une surexposition médiatique
Est-on sûr qu’un scandale Vivendi Universal ne pourrait pas se reproduire en Europe ? Cinq ans plus tard, structures et comportements ont-ils à ce point changé ? Reconverti dans la banque d’affaires, Messier semble en douter, jouant au braconnier devenu garde-chasse. Ce sont souvent les meilleurs, dit-on…
J2M: « On m’a pris pour un fou quand, il y a cinq ans, je parlais de convergence entre les médias et les télécoms, entre le contenu et le contenant. Aujourd’hui, cette convergence est là, cela ne se discute même plus. » La question est d’en appréhender les conséquences, tant pour les consommateurs que pour les entreprises du secteur. Nous n’en sommes qu’au début ! On ne voit que la partie émergée de l’iceberg. Les plus grands bouleversements dans les habitudes des consommateurs et des stratégies industrielles sont encore à venir.”
J2M: « Mon erreur n’est peut-être pas d’en avoir trop fait, mais de ne pas en avoir fait assez ! Nous aurions dû nous séparer beaucoup plus tôt de notre pôle environnement ( Ndlr, l’ex-Générale des Eaux ). Si nous l’avions fait, le débat sur le bilan de VU n’aurait jamais eu lieu, et nous aurions pu changer ce groupe en acteur majeur dans le contexte actuel des médias, celui de convergence. Aujourd’hui, Vivendi Universal n’a plus les actifs pour dominer cette course. Mais bon : VU ne fait plus partie de ma vie depuis juillet 2002… »
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